Produire une compagnie de spectacle dans une usine à gaz !

– Avec "Cédric CREMADES" - Directeur de l'association JASPIR -

 "Produire une compagnie de spectacle c'est possible mais est-ce que ça vaut le coup ? "

L'association JASPIR est une véritable usine à gaz : Association culturelle, lieu de formation et de résidence, label, structure de "booking" de groupes de musique et boite de production de compagnies de spectacles. Cédric, à la fois fondateur et directeur de cette structure nous livre sa vision de la production et de la diffusion.

Pourquoi un diffuseur ne te trouvera pas plus de dates ?

Faut-il faire sa production soi-même où la déléguer lorsqu'on lance sa compagnie ?

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produire une compagnie de spectacle

Une usine à gaz peut-il produire une compagnie de spectacle ?

Cédric CREMADES, te dresse le portrait de son association et de sa vision de la production d'un spectacle. Nous discutons ensemble des responsabilités, de l'administratif et de la nécessité de se plonger un minimum dans la question de la production même lorsque l'on souhaite vouer sa carrière uniquement à l'administratif.

- Comment lancer une boite de production dans le spectacle ? -

Salut Cédric !

Salut Monsieur M !

On se connaît depuis un bon bout de temps maintenant c'est sûr ! On était tous les deux il y a 15 ans sur les mêmes bancs... pas d'école, mais de la création d'activité.. 

Exactement !

1 - Trouver une bande de potes investis dans la culture.

Donc toi tu as créé une association avec d'autres personnes mais surtout bien piloté le truc qui s'appelle « JASPIR ». Est-ce que tu peux en parler rapidement ?

JASPIR, déjà, c'est un sigle : ça signifie « Jeunesse Animations et Spectacles pour Investir la Rue ». C'est parti historiquement d'une bande de potes d'enfance qui souhaitaient créer de l'animation dans leur village.

On est parti sur de l'organisation de concerts et de fil en aiguille on s'est développé. On a créé deux postes de salariés et on a commencé à rajouter quelques activités en 2006. De l'action culturelle avec des ateliers hebdomadaires en perçu, en théâtre etc...

2 - Fédérer autour de différents projets.

Puis surtout la partie production : «JASPIR PROD» qu'on a monté et dont le but était d'être tourneur de spectacles et de musiques actuelles dans un premier temps.

A partir de là, on a greffé quelques petites activités. Ensuite un élément a boosté le projet global c’est l'arrivée de La Fabrique qui est notre lieu de création et de formation à Saint-Jean-de-Bournay. On est installé là actuellement. On a nos bureaux et dans ce lieu il se passe beaucoup, beaucoup de choses !

Il y a un studio de répétition et d'enregistrement et des résidences de création de spectacle (une quarantaine par an). Et puis on a tout le volet expositions et tous les ateliers artistiques qui regroupent plus de 150 adhérents à des activités du type «MJC». Dans le domaine culturelle on développe pas mal d'activités « hors les murs » qui passent par des interventions artistiques en milieu scolaire. On a un nouveau projet qui s'appelle « prendre le soin de rire » avec des interventions de clowns professionnels en gériatrie.

On a aussi un dispositif qui s'appelle « spectacle en chantier » où on invite des groupes scolaires à assister à des rendus de résidence. Les scolaires et les artistes se rencontrent sous la forme d'un échange à la fin.

3 - Organiser des formations professionnelles.

Et, à côté de ça, vous avez un label ? Si je ne me trompe pas... Voilà ça c'était la première asso qui s'appelle « La Fabrique JASPIR » un centre de formation qui est assez dynamique.

On a une autre association qui s'appelle «JASPIR PROD» qui produit des spectacles que ce soit des musiques actuelles ou du spectacle vivant. On a un label qui s'appelle « label 440 » donc on est producteur phonographique autrement dit producteur de disques....

Bref, ça fait quand même beaucoup d'activités diverses et variées ! Quand on se souvient de «JASPIR» il y a 15 ans avec nos quatre petits concerts organisés chaque année !!

Maintenant, le volume d'activité n’est pas comparable mais il y a encore et toujours une valeur humaine hyperforte dans l'équipe. Mais voilà les logiques ne sont plus du tout les mêmes !

4 - Organiser l'équipe.

C'est une grosse « usine à gaz » maintenant ! Tu étais directeur de ces trois structures ?

Plutôt coordinateur ? Maintenant je me dis directeur... Tu vois, je n’aimais pas trop ce mot au début mais maintenant vu qu'il y a aussi une personne pour m'épauler - un bras droit on va dire - je remplis réellement la mission de direction ce qui n'empêche pas que j'ai toujours des tâches liées à la coordination. Je suis directeur et du coup ça passe par un petit peu d'administratif, la recherche de financement la gestion des  ressources humaines et le développement du projet global.

D'une manière générale je me positionne là où il y a des projets à développer. Je les aide à se développer en  attendant qu'il y ait un salarié leur permettant d’être totalement autonomes. Je m’occupe du relationnel et du développement du réseau. Que ce soit le réseau  professionnel ou le réseau des partenaires publics et privés.

5 - Donner tout son temps à la culture.

On est quand même sur une association qui est en milieu rural, dans le secteur musical et le spectacle vivant. Ce secteur est réputé difficile à développer . Alors, qu'est-ce qui a joué dans le fait que vous ayez autant marché... même explosé ?

Il y a eu plusieurs facteurs :

Le premier c'est qu'on était une bonne bande de motivés ! C'est quand même la base : l'abnégation : Ne jamais rien lâcher même dans les moments durs, voire très durs ! Si tu n’as pas ça, tu ne réussis rien !

Deuxième élément, c'est un appui politique qui a été très important les dix premières années du projet car on a eu un conseil municipal qui nous a poussés et portés et qui ne nous a jamais empêché de développer le moindre projet au sein de la structure.

6 - Accepter les turnovers.

Et ta bande de potes de lycée. Vous êtes encore combien à travailler encore dans l'équipe ?

Je suis le dernier depuis un moment ! La plupart sont restés quatre ans. Avec le développement du salariat.

Pas mal de nouvelles personnes sont arrivées et notamment Mathieu Auriol qui est le responsable de la prod actuellement. Il est avec moi depuis onze ans maintenant. Pour le reste de l'équipe, les plus anciens sont là depuis quatre à cinq ans pas plus.

- Pourquoi produire sa compagnie de spectacle ? -

La production de spectacle, cela ne veut rien dire.

D'accord. Du coup vous êtes une boîte de prod mais... c'est quoi la production exactement ? 

Selon les structures et les personnes on n'a pas du tout la même définition du mot production donc c'est pas évident de faire l'unanimité sur ce mot là. Pour nous, la production c'est accompagner les artistes du début de leur création jusqu'à la diffusion de leur spectacle ou de leur projet.

Donc produire c'est participer aux frais de lancement de création que ce soit pour une production de disques ou une production de spectacles. On essaie d'être là dès le début du processus de création.

Puis, une fois que cette phase est réalisée, notre rôle est d'écouter, orienter, donner un avis mais aussi et surtout pour conseiller et développer tout ce qui a trait aux aspects commerciaux, administratifs et stratégiques.

La production de spectacle c'est accompagner des projets artistique.

Donc, je me pointe, je viens à La Fabrique et là... Paf ! Vous me financez ma création, vous me conseillez, vous m’accompagnez ?

Pas du tout....enfin... On n’a pas des ressources immenses! On n'a pas de sommes allouées qu'on peut donner aux artistes pour financer leurs projets. Par contre, on peut les aider tout de suite à aller faire des recherches de financement (publics ou privés). On va avoir un rôle administratif et de conseil.

Mais oui, une compagnie qui a un projet de création de ce spectacle, oui, elle peut venir ici et, dans un premier temps, de toute façon, nous rencontrer et discuter des stratégies de développement et comment faire au mieux pour atteindre les objectifs.

La production de spectacle c'est définir des stratégies de développement.

Vous allez accompagner le projet au niveau de la stratégie de développement (administratif et montages financiers) ainsi qu’au niveau de la communication pour atteindre une pérennité en fait ?

Exactement ! Après, suivant les projets, on peut aussi suivre et interagir sur la partie vente de spectacles donc de la diffusion. Mais forcément, on ne peut pas le faire avec tout le monde.  On préfère avoir un catalogue d'artistes assez réduit (jusqu'à 7 spectacles maximum pour 3 chargés de diffusion).

Pourquoi cette politique-là ?

C'est pour justement nous permettre de bien travailler chaque projet sans faire trop de volume. Dans notre développement, on a eu des périodes avec beaucoup plus de volume, on avait beaucoup plus d’artistes, mais c'était un peu au détriment de la qualité de l'accompagnement individuel.

La production de spectacle c'est soutenir la diffusion et la création.

C’est aussi valable pour les diffuseurs quand ils travaillent sur trop de projets différents. Un projet c'est une identité artistique, c'est une façon de communiquer, une cible à définir précisément !

Oui, c’est clair et puis, on n’a pas de plaisir à bosser avec trop de gens. La dimension humaine reste très importante encore aujourd'hui ! Et tu risques de la perdre petit à petit si tu fais trop de volume... On fait ce métier là pour sa dimension humaine ! Si elle n’existait pas, on irait chercher un travail ailleurs, mieux payé, et moins contraignant en termes de volume de travail à fournir.

La production de spectacle c'est faire la comptabilité et la gestion.

C’est sûr ! Du coup, si je suis une compagnie qui a créé un spectacle et qui commence à tourner, est- ce que je peux venir toquer à ta porte et être pris en charge pour la produire ? C'est possible ou pas ça ?

Oui, c'est tout à fait possible. On le fait pour une vingtaine de compagnies et de groupes de musique sur la partie gestion administrative.

Mais certaines personnes viennent aussi chaque année nous voir pour juste nous exposer leur tout nouveau projet.

Ils viennent simplement échanger avec nous ! On prend du temps (une, deux ou trois heures) avec eux pour essayer de leur apporter notre expérience sans forcément de contrepartie car on tient à garder cette partie-là même si ça nous prend quand même un petit peu de temps et qu'il n'y a pas de liens économiques entre nous.

- Les risque de la production de spectacle -

C’est pas trop risqué d'avoir une vingtaine de compagnies en gestion ?

Non, mais ça demande déjà d'avoir des compétences en interne sur la partie sociale (gestion de tout ce qui est salaires, frais de déplacements). C’est peut-être la partie la plus technique, ça fait 12 ans que je gère cette partie-là, donc je suis opérationnel là-dessus.

Mais on se rend compte sur certains postes que des personnes qui n'ont que quelques années d'expérience, ont du mal à gérer ce volume-là. Et puis il faut être au fait des lois et de l'évolution juridique en permanence. Il faut savoir répondre aux questions et être disponible aussi auprès de chaque artiste pour répondre à ses attentes et à ses questionnements.

La production de spectacle c'est être vigilant et anticiper les risques.

Donc c'est pas simple... Mais il faut quand même avoir un niveau de compétence minimum. En tout cas, ça reste aussi des actions de travail un peu répétitives et avec l’habitude, ça se fait très bien ! On a la responsabilité de tous les salariés intermittents.

On s’occupe aussi de la partie assurance où il faut faire du cas par cas. Pour un spectacle de clowns, il n'y a pas forcément de matériel à transporter donc pas trop de danger. Mais si tu as un spectacle qui comporte du feu, il y a déjà un peu plus de risques pour les compagnies d’assurances.

Un exemple : Il y a un spectacle qu'on administre et qui a un manège. Il faut faire réviser ce manège tous les deux ans. Il y a beaucoup de cas spécifiques ! Quand on s’occupe du développement international, la législation étrangère est différente il faut se tenir au fait des lois à prendre en compte.... mais c'est super intéressant d'aller voir dans d'autres  pays comment ça se passe.

C'est assez lourd mais on apprend beaucoup et c'est ce qui est intéressant.

- Faut-il déléguer la production de ses spectacle ? -

Faut-il lâcher sa production quand on grossit ?

Ce qui rend aussi les choses compliquées quand on se lance c’est qu'on y passe un temps de fou pour essayer juste de comprendre comment ça fonctionne ! Et quand on a enfin compris, les choses ont évolué et déjà changé !

C'est exactement ça ! Les compagnies autonomes vont passer beaucoup trop de temps à obtenir les compétences tout en assurant une veille juridique et sociale. C'est pas donné à tous les artistes d’avoir du temps pour ça dans sa journée. Autant l’utiliser pour le développement de son projet, de bosser sa discipline, bosser son spectacle, aller se former.

Pour nous, la formation professionnelle est permanente, elle est même imposée ! Les artistes n'ont pas du tout la sensation qu’ils doivent se former. Un plan de formation individuelle chaque année permet de grimper en compétences et enrichir leurs connaissances.

Faut-il produire sa compagnie au début  ?

Tu conseillerais plus à une compagnie qui se lance de déléguer sa production ?

Oui, au moins dans un premier temps le temps. Pour la plupart des compagnies qui arrivent à créer un premier emploi (hors artistique pour gérer la com, la diff, l'administration, la recherche de financements etc...) c’est pratiquement impossible pour elles de trouver une seule personne qui ait les compétences dans ces quatre domaines à la fois ! S'il y a un domaine à déléguer à une structure.

Travailler la partie communication et diffusion c'est de toute façon le plus important. Nous-mêmes, nous avons parfois des difficultés à recruter des chargés de diffusion.

Donc autant que les compagnies, si elles en ont le temps, se consacrent à rechercher elles-mêmes à vendre leurs spectacles.

Produire une compagnie c'est comprendre que le plus important c'est la qualité  ?

Moi, je dirais même plus : de créer et de mettre en place leurs outils de communication de façon efficace pour que le bouche à oreille généré par la qualité des spectacles fonctionne ! Car la qualité du spectacle c'est quand même la priorité des priorités ! Si, par exemple, tu as un site internet « propre » sur lequel un diffuseur reçoit une communication limpide, il pourra plus volontiers s’y intéresser et comprendre toute de suite le positionnement de ta compagnie et espérer travailler dans de bonnes conditions.

On est complètement d'accord !

La chaîne prioritaire c'est vraiment la qualité du spectacle puis la communication. Ensuite, on peut aller diffuser ! Mais si on n'a pas ces deux premiers maillons rien n'est possible...

- Faire produire sa compagnie est-il une perte de liberté ? -

Déléguer sa production signifie aussi déléguer sa comptabilité et moi, je comprends les compagnies qui ont besoin de gérer elles-mêmes leur activité. En passant par une boîte de production on va perdre sa comptabilité, on ne va plus avoir vraiment besoin d'une association et ça fait perdre une certaine forme de liberté.

Quelles sont ces pertes de liberté ? Elles sont réelles ou pas ?

Moi, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait ce problème-là chez nous. En tout cas, les compagnies qui ont une association, si elles le souhaitent, peuvent nous facturer sous forme de frais de promotion ou de  développement une partie des reliquats de tournée de spectacles qui restent sur leur compte chez nous.

Faire produire sa compagnie n'est pas une perte de liberté.

Cela leur permet d’utiliser cet argent pour achat du matériel se payer des formations, des metteurs en scène ou différents accompagnements.

Donc la liberté...pour moi, c'est un faux problème... C’est vrai qu’on est toujours mieux quand on est autonome de A à Z car tu fais tout comme tu veux mais je pense que oui, c'est un faux problème.

Sur cette notion de liberté, au contraire, les compagnies peuvent peut-être se sentir emprisonnées dans des fonctionnements d'entreprise qui ne leur correspondent pas.

N'empêche que, tous les mois les contrats, il faut qu'il soit signés, qu'il faut déclarer sa tva en temps et en heures ! Il faut respecter ces processus qu’on soit dans une structure de production ou qu'on soit autonome.

Avoir produit votre compagnie vous rendra plus professionnels.

Quand on n’a connu que la production on se dit qu’on va être plus libre en autonomie mais, on se retrouve enchaîné par soi-même : ça fait peut-être un peu moins mal, mais le fonctionnement reste le même...

Je suis complètement d'accord! j'avais pas pensé à ça mais oui ! D’ailleurs les meilleures relations de travail qu'on ait actuellement c'est avec les personnes qui se sont débrouillées par elles-mêmes dès leur lancement de projets artistiques.

Je n'y avais pas pensé quand tu m'as posé la question mais oui, forcément parce qu'ils savent ce qu'ils ont connu, comment ils ont galéré, le temps qu'ils ont passé à se former, à faire de l'administratif.

Sortir des tâches répétitives pour se consacrer à la communication.

C'est quand ils délèguent à une production qu’ils apprécient de ne plus avoir ces tâches répétitives à gérer.

Tu vois, je suis en train de revenir un peu sur ce que je te disais au début. Je disais que pour une jeune compagnie rien ne servait de passer du temps à essayer de se former à gérer l'administration mais je viens de te dire complètement l’inverse !

Gérer ta compagnie (au départ) te permet d'avoir aussi la connaissance et la compréhension de ce métier et de gagner du temps sur la relation producteurs/artistes. Je pense que les artistes peuvent tout faire, mais seulement au début, quand leur compagnie ne tourne pas à donf .

Surtout qu'en général ils sortent d'écoles avec un spectacle déjà créé. Ils n’ont que la partie administrative à éprouver.

C'est la partie diffusion et communication qui va poser problème. On voit des compagnies qui s'en sortent et qui n’ont pas attendu d'avoir un diffuseur pour commencer à communiquer qui n’ont pas attendu d'avoir une boîte de prod pour créer leur association.

- Comment fédérer du monde dans une association culturelle ? -

Ce qui veut dire aussi fédérer des gens. Parce que si on souhaite être intermittents on a intérêt à ne pas être président de sa propre association !

Il y a eu des cas ça n'a pas marché dernièrement ! hé hé ! Oui, je parlais de la difficulté de fédérer du monde autour de son projet.

Organiser des événements culturels.

Tu disais tout à l'heure : « on était une bande de potes qui avaient foi en ce qu’ils faisaient». C'est vrai que quand on est seul ou que deux ou trois, c'est difficile de fédérer du monde.

A moins d’être dans une association qui développe des projets culturels ou qui organise des événements. Une compagnie qui a une forme associative, légalement doit forcément fédérer des gens qui composent son bureau et son conseil d'administration et qui aident à développer ce projet-là !

On a cependant pas mal d'exemples d'artistes qui sont allés vite dans leur développement de carrière et qui, pourtant, ont tout fait par eux-mêmes. Ils ont réussi à trouver un tourneur, un producteur d'albums et avaient le langage et les connaissances nécessaires pour discuter avec ces gens-là.

- Le rôle du diffuseur de spectacles  -

Il y a aussi des gens qui sortent d'écoles pour la plupart et qui croient en l'image de la culture : c'est cool de bosser dans la culture... et puis il y a l'image du tourneur de spectacles «faiseur de miracles» !

1 - Ne pas croire au miracle du diffuseur de spectacle.

C'est quelque chose qui m'a toujours amusé !

Quand tu demandes à un jeune artiste : « quel est ton projet » il te répond que c'est de trouver un tourneur et.... puis derrière ça va le faire...et voilà !

Mais non, ça marche pas comme ça ! Le tourneur, déjà, il te prendra jamais si t'as pas eu une tournée conséquente en amont.

C'est à dire que si tu ne t'es pas développé par toi même dans un premier temps tu ne trouveras jamais de partenaires pour prendre tous les risques et essayer de te faire tourner. Donc déjà, la première phase, c'est éprouver cette partie diffusion puis se développer petit à petit sur la technique de l'escargot...

2 - La stratégie de l'escargot pour diffuser ses spectacles.

On part de chez soi puis on essaie d'aller de plus en plus loin. 

Quand tu commenceras à avoir un peu plus de renommée et d'accroches avec les programmateurs tu pourras enfin aller trouver un tourneur ou un diffuseur. Là, c'est peut-être plus le fonctionnement musiques actuelles que je t’ai décrit. Pour ce qui est des compagnies de spectacle c'est un peu différent car beaucoup de compagnies ont leur propre diffuseur et ne passent pas forcément par des grosses boîtes de prod et de diffusion.

Je ne sais pas si c'est si différent que ça... On dit toujours c’est pas nous qui trouvons le diffuseur, c’est le diffuseur qui nous trouve... Du coup, on va chercher quelqu'un qui puisse jouer le « rôle » de diffuseur. Pas forcément encore un diffuseur mais qui prend et qui endosse le rôle de communicateur et de vendeur sans être encore professionnel dans le sens où il n’a pas de réseau et cherche de l’emploi auprès de compagnies..

- Trouver des dates grâce au diffuseur de spectacles  -

Un diffuseur professionnel, c’est quelqu'un qui a un réseau et qui va trouver les compagnies : il ne va pas chercher à répondre à des offres d'emploi !

Il va entendre parler de cette compagnie est en train de monter, il va la voir, il va la rencontrer et c'est là que la magie va s'opérer....

La compagnie va pouvoir changer de réseau et non pas d'un coup avoir des dates. Mais, changer de réseau va lui permettre de commencer à faire du festival, de l'international au lieu de tourner sur les offices du tourisme ou les écoles du coin.

Un diffuseur vous fera changer de reseau.

Mais elle n'aura pas forcément plus de dates...Elle va tourner sur des réseaux différents.

Au début, ce jeune diffuseur va être notre copain, qui, comme nous, a envie de se lancer là-dedans ! On va vite se rendre compte qu’il ne trouve pas tant de dates que ça... Par contre cette personne va alléger le travail de gestion de la compagnie...

Elle va pouvoir faire les fiches de route et va apporter une réactivité professionnelle à la compagnie. Elle va répondre au téléphone ou à une demande de devis. Elle va se rendre présente sur les dates et être un interlocuteur auprès des programmateurs potentiels. Bien sûr, c'est pas du jour au lendemain que le diffuseur va faire «exploser!» le spectacle. Il n’y a pas de miracle !

Si le spectacle est de qualité et qu’il plaît au plus grand nombre, il va forcément taper dans l'oeil des programmateurs. Un diffuseur peut alors se proposer de diffuser le spectacle en question mais le « rêve » à ce niveau-là est assez courant chez les artistes ! Tu sais comme moi que ce n’est pas du tout la réalité. Beaucoup de groupes ou de compagnies qui avaient commencé eux-mêmes leur diffusion puis engagé un diffuseur ou un partenaire tourneur ont complètement laissé tomber cette partie-là et, en fin d'année se retrouvent avec deux fois moins de dates !

Mais oui parce que la compagnie avait développé tel ou tel réseau que le diffuseur n'avait pas forcément. Chez nous, ces trois dernières années, sur la partie musique on a franchi des étapes en termes de réseaux.

Un diffuseur de spectacle ne vous trouvera pas plus de dates.

Avant, un groupe en moyenne, chez nous, faisait 80 dates par an, ce qui est quand même énorme, mais avec des prix de vente moyens à 800 euros. Bon, quand tu es 10 sur la route, ça ne fonctionne pas. Alors, depuis trois ans on est passé sur d'autres réseaux plus officiels et institutionnels et maintenant une tournée c’est 40 dates par an mais le prix de vente est deux fois plus cher avec des conditions techniques d'accueil qui sont largement au-dessus !

Donc ça fait partie de l'évolution de carrière d'un artiste dans la diffusion de son spectacle. Il faut franchir des caps en termes de réseau et ça ne va pas seulement avec du volume, il faut aussi du qualitatif.

- Conseil pour lancer sa compagnie dans de bonnes conditions  -

Donc, si on devait se mettre d'accord tous les deux pour donner des conseils à des compagnies qui débutent : ne cherchez pas à tourner sur les gros festivals tout de suite, ne cherchez pas un diffuseur et prenez-vous en main, gérez vous-mêmes votre communication et votre positionnement et déléguez votre administration dès que ça commence à tourner pour vous donner du temps de formation pour votre communication et votre diffusion. Et là, un jour, il y aura la rencontre avec un diffuseur qui vous fera changer de réseau.

C'est complètement ça sur tout ce qui est extra artistique, on est d'accord. Mais j’insiste vraiment sur le cœur de l'artistique : soyez exigeants, n'hésitez pas à passer beaucoup de temps sur votre création de spectacles car c'est ce qui va déterminer tout le reste.

Il ne s’agit pas de créer des spectacles tous les ans ! Si vous avez bien mis en place le positionnement de votre projet, vous pourrez continuer à vous former et améliorer les qualités artistiques de votre spectacle.

1 Privilégiez la qualité des spectacles et non la quantité.

Je discutais avec un clown qui s'appelle Barto : il n’a qu'un seul spectacle et ça fait 25 ans qu'il joue ce spectacle. Il a fait toute sa carrière avec ce seul spectacle ! Sauf que son spectacle, il l’a travaillé retravaillé, re-retravaillé, peaufiné ses compétences artistiques et il a avancé en même temps qu’il a développé son réseau.

On est complètement d'accord et j'ai d'autres exemples d'artistes qui ont le même spectacle depuis dix ans ! Et quand tu en parles avec eux ils te disent qu’ils ont encore un fois évolué en travaillant avec des regards extérieurs et des metteurs en scène pendant des sessions de travail de résidence.

2 Privilégier la formation professionnelles continue.

Pour faire évoluer votre spectacle, j’insiste encore sur la formation professionnelle. Allez faire des stages à droite à gauche. Cela va enrichir vos propos au sein du spectacle.

En tout cas, prenez le temps de bien faire les choses et d'avoir un socle de compétences vraiment solide. Comme ça, quand tu chercheras à évoluer, à passer de réseau en réseau, là, ta qualité artistique deviendra de plus en plus importante.

Bon Cédric, c'était très enrichissant on aura beaucoup dévié du sujet qui était la production mais, voilà, on ne se refait pas ! 

Moi j'étais accompagnateur de deux compagnies et j'ai vu passer pas mal de diffuseurs.

Toi, c'est la même chose, et on voit bien que s’il existe des structures de production ce n’est pas dans l’unique but de faire des thunes sur le dos des artistes en prenant un pourcentage sur les ventes.

Notre volonté c'est de leur permettre d'avancer, de se développer sans se casser la gueule alors que leur spectacle est super bon ! Souvent, derrière, ce qui manque c'est la stratégie, la logique. Ne cherchez pas atteindre les étoiles, commencez à toucher les petites écoles du coin pour faire tourner votre spectacle et vous professionnaliser. Après on verra...

Exactement, c'est bien résumé.

Merci à toi c'était bien sympa !

Sites internet évoqués dans cette émission :

Dans ce podcast, nous évoquons différentes sources:
- JASPIR Production
- Barto 

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